EE Unit

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 Programme d'entraînement initial : session n°1

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William Prest
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Date d'inscription : 10/08/2012

MessageSujet: Programme d'entraînement initial : session n°1   Lun 31 Déc - 17:10

Les choses sérieuses allaient enfin pouvoir commencer ! Charles avait contacté William en octobre, pour lui faire savoir qu'il aurait besoin de ses compétences pour entraîner des mioches... sur le moment, l'instructeur militaire avait vraiment bien rigolé. Mais finalement, lui et Charles se sont rencontrés, le directeur lui a expliqué tout son projet et William fut bien forcé d'admettre que c'était du sérieux. Il était donc employé par le département de l'économie de guerre depuis quelques mois, et il s'ennuyait à mourir sur un pseudo site militaire qui n'abritait que trois gamins à moitié morts. Ils avaient eu plusieurs réunions avec Charles et Eileen, pendant lesquelles William se demandait franchement s'il serait possible de faire quoi que ce soit de ces trois enfants complètement détruits. Mais il ne pouvait pas nier que leur intelligence pourrait leur permettre de dépasser tout ce qu'on aurait pu imaginer. Ils feraient de formidables espions...

L'équipe de EE Unit avait préparé cette session d'entraînement depuis plusieurs semaines, et voilà qu'au lendemain de Noël, le dispositif pouvait enfin être lancé ! William était tout excité d'entrer enfin, vraiment en fonctions. Il allait s'amuser comme un petit fou pendant ces quatre semaines. Pour l'heure, nous n'étions que le premier jour...

La porte du dortoir s'ouvrit à la volée à 6h précises. William prit son air le plus féroce, les trois gamins ne comprenaient pas ce qui se passait. Jusqu'ici, le personnel avait toujours été plutôt sympa avec eux... ils allaient comprendre leur douleur !

" - Debout les nains ! Votre entraînement commence aujourd'hui, j'espère que vous êtes en forme et que vous vous êtes bien préparés aux quatre semaines qui vont suivre. Ca va pas être de la tarte croyez-moi ! Dans 5 min je veux vous voir en rang au bord du lac, en uniforme militaire impeccable ! "

La porte claqua derrière William. A peine habillés, les trois enfants prirent la direction du lac pour des exercices physiques jusqu'à 9h. Puis - pas le temps de manger bien entendu ! - ce fut au tour de Charles de dispenser des cours de décryptage aux trois recrues en formation. A midi, merveille, les agents eurent droit à une vieille tartine légèrement moisie : ils furent ravis de se remplir la panse. William put se reposer l'après-midi puisque Charles dispensa des cours de cartographie qui leur seraient bien utiles une fois sur le terrain...

Car les trois agents en formation se trouvaient toujours sur le campus, ce qui n'allait pas durer très longtemps...


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L'après-midi du premier jour marqua le début de la grande aventure ! Une camionnette emmena l'instructeur ainsi que les trois recrues à l'autre bout de la Grande-Bretagne, à l'extrême nord de l'île... Joyeux pays de l'Ecosse ! Le véhicule arriva au point d'arrivée N 58.62505 W 4.99912, lieu où s'arrêtait la route, au beau milieu de la nuit. William sortit de la camionnette du bon pied pour ce deuxième jour. Il était tout frais, en excellente condition physique et motivé comme jamais pour pousser ses élèves à donner le meilleur d'eux-mêmes. Il n'avait pas l'habitude des enfants, il n'avait jamais enseigné qu'aux jeunes adultes, mais il n'allait pas se laisser attendrir. Après tout, avec ce que ces gosses avaient vécu, ils n'étaient plus vraiment des enfants... il allait les traiter comme des adultes, simplement en tenant compte de leur constitution physique un peu moins puissante musculairement parlant. Pour le reste, ils étaient capables des mêmes exploits que les adultes, il n'y avait donc aucune raison pour les traiter comme des bébés.

C'est pourquoi William les réveilla dans la camionnette avec la même sympathie que la veille, mais avec 30 min d'avance, histoire de les aider à prendre le rythme des semaines suivantes. Par chance, ils eurent droit à un petit déjeuner ce jour-là - il faut dire que leur petit corps n'aurait peut-être pas tenu le coup sinon. Puis la grande expédition commença - aaaahh l'aventure ! William partit devant au trot, pour une course à pieds. Les trois recrues devaient suivre et surtout, ne pas se laisser distancer ! L'homme s'amusait à faire quelques accélérations par moments, dans les côtes principalement, pour plus de fun naturellement. La course ne fut pas très longue, 5 à 6 km tout au plus, mais elle suffit à éreinter légèrement les trois recrues. Pour William il s'agissait d'une simple promenade de santé, lui qui avait fait bien pire à l'armée... mais le supplice des enfants ne faisait que commencer ! Le chemin parcouru en courant reliait le point d'arrivée de la camionnette au point N 58.59092 W 5.01095, correspondant à une espèce de plage. Le jour commençait à peine à pointer lorsque William commença à diriger des travaux de constructions en bois. Les trois recrues apprirent comment construire des cabanes et des barques, mais aussi comment faire des noeuds marins... Ils apprirent tous les rudiments théoriques nécessaires pour naviguer en mer, ce qui leur donnait déjà des indications sur leurs tâches à venir. Leur repas correct du midi fut suivi d'une intense séance d'exercices physiques, destinés à développer leur musculature désespérément faible même pour leur jeune âge. Puis les coups de 15h marquèrent le début des travaux de construction d'une barque qui devait être capable de naviguer en pleine mer... Ces manipulations difficiles se firent sous le harcèlement à peine voilé de William, à grands renforts d'échardes plantées par le bois dans les doigts des recrues. La fin de l'après-midi et la soirée suivant le dernier repas de la journée furent dédiées à des exercices de natation en mer, plutôt souhaitables pour la suite des événements...

A 23h précises, William se décida à expliquer le sort qui était réservé aux trois enfants pour les quatre semaines à venir...

" - Alors, vous vous demandez à quoi ça rime ? Je ne vais pas y aller par quatre chemins : votre session d'entraînement aura lieu sur l'île de Sula Sgeir. C'est un petit îlot inhabité qui se trouve au large de l'Ecosse... car oui nous sommes bien à l'extrême nord de l'Ecosse, zone assez calme comparée au reste de l'Europe en ce moment. Quoiqu'il en soit, j'espère pour vous que votre barque est bien conçue, car c'est elle qui va nous emmener sur cette île. Je vous distribuerai demain matin les cartes de navigation qui pourront vous servir. Vous avez de la chance, elles sont en anglais... comme vous avez à présent la nationalité britannique vous maîtrisez bien sûr la langue officielle à la perfection. La traversée devrait durer plusieurs jours, pendant lesquels je me reposerai tranquillement dans votre embarcation en vous observant la piloter. Il va de soi que l'échec n'est pas envisageable, pour aucun d'entre nous. Nous allons donc dès maintenant préparer le matériel qui nous sera utile durant la navigation et une fois arrivés sur l'île. Nous avons besoin de vivres pour 4 semaines, à vous de doser le tout comme il faut, entre ce que votre embarcation peut supporter en poids et ce dont vous aurez besoin pour survivre là-bas. Nous aurons évidemment besoin d'un peu de matériel aussi, je vous laisse faire vos paquetages que je vérifierai avant l'extinction des feux - votre première nuit à la belle étoile mes petits, mais ça ne sera pas la dernière ! Au boulot ! "

William se cala confortablement dans sa chaise de camping pliante, regardant ses jeunes recrues s'activer. Ce mois de janvier 1941 commençait bien.


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    Les instructions du staff :

    Vous devrez raconter chacun une journée de cette traversée en mer, sous forme de RP en solo. Vous pourrez cependant imaginer l'entraide entre vos personnages, vous pouvez ainsi exceptionnellement imaginer les interactions de votre personnage avec les autres, avec modération cependant. Vous posterez votre message dans la semaine, avant le dimanche 6 janvier 2013, délai de rigueur. Vous serez jugés sur votre originalité, le respect du contexte posé, le réalisme de votre récit et bien évidemment la qualité de l'écriture et de la langue.

    Des instructions vous seront données à la fin de chaque semaine, pour la semaine suivante. Vous aurez ainsi à rédiger 4 RP selon le contexte proposé au fur et à mesure de l'entraînement. Vous aurez une semaine pour poster chaque message.

    Gabriel Deschamps devra raconter le 3ème jour de la semaine, Matthias Speth le 5ème et Aaron Janow le 6ème. Vous posterez vos message à la suite des messages de William, sur le même sujet.

    Bon courage, et à la semaine prochaine Wink
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Gabriel Deschamps
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MessageSujet: Re: Programme d'entraînement initial : session n°1   Ven 4 Jan - 4:00

Gabriel était à EE Unit depuis trois mois à présent, et il considérait cet endroit comme son nouveau foyer. Bien évidemment, son ancienne vie lui manquait parfois, mais il respirait chaque jour le bonheur d’être libre et traité correctement. Pendant ces trois mois, il avait été très suivi médicalement ce qui lui avait permis de retrouver des capacités physiques à peu près normales. Mais les carences auxquelles il avait été confronté le condamnent à un retard de croissance à vie, et il ne pourra jamais développer de capacités pulmonaires et musculaires exceptionnelles. Ce qui ne tombe pas si mal, puisqu’il n’avait jamais eu pour ambition de devenir coureur de marathon. En fait, Gabriel n’avait jamais eu la moindre idée de son avenir… comme si EE Unit l’attendait, finalement. Comme si sa destinée était ici depuis le début.

Les fêtes de fin d’année avaient été particulièrement joyeuses. Gabriel avait adoré le repas de Noël pendant lequel il avait – presque – eu le droit de s’empiffrer sans modération. Il devait toujours faire attention, mais son corps supportait déjà beaucoup mieux une alimentation normale, il en avait donc bien profité. Un peu trop même, puisque ces festivités s’étaient accompagnées le lendemain matin de crampes d’estomac abominables. Heureusement le problème avait été vite réglé à l’infirmerie… N’empêche qu’une baisse de forme n’était pas très malin, moins d’une semaine avant le lancement du programme d’entraînement initial.

Car ça y est, le grand moment était arrivé. Les trois résidents du dortoir de l’unité C avaient été tirés de leur sommeil de façon brutale pour commencer l’entraînement intensif, censé faire d’eux des agents secrets à part entière. Gabriel doutait un peu de ses capacités à emplir une telle fonction, mais il était motivé à bloc. Et puis, il était rassuré par la présence de Matthias à ses côtés. Même si ce dernier était petit et peu bavard, il avait sauvé la vie de Gabriel et ça, le jeune garçon s’en rappellerai toute sa vie. Il était content de ne pas être séparé de lui lors de ces épreuves qui promettaient d’être rudes. Il savait qu’il pouvait compter sur lui en cas de coup dur… c’était bon de ne pas être seul. Il y avait aussi un autre enfant, fraîchement arrivé. Il avait l’air gentil, mais Gab’ ne le connaissait pas. Il était assez renfermé et ne parlait pas beaucoup. En fait, le blondinet songeait que ses deux camarades avaient pas mal de points communs, au premier abord. C’est pour ça qu’il appréciait déjà ce jeune Aaron, même sans le connaître.

Les premières épreuves avaient été difficiles, très physiques. Exercices éreintants à répétition, course à pieds, privations de nourriture… mais pour l’instant, rien de ce qu’ils avaient subi n’avait paru vraiment dur à Gabriel. Il avait vécu bien pire, et le jeu en valait largement la chandelle. Il se battait pour vaincre le mal suprême, alors il était prêt à tout… et puis son corps était fort, il avait résisté à tant de choses que ces petites maltraitances, bien que largement pénibles, étaient loin d’être insurmontables. Il gérait plutôt bien tous ces exercices physiques finalement. Et puis, il était content d’être encadré par William cette semaine. Depuis son arrivée ici, il lui avait semblé juste et droit. Pour des raisons qu’il ne cernait pas vraiment, Gabriel n’aimait pas Charles Henderson. Certes, il avait beaucoup fait pour lui et pour Matt’, mais il avait un côté sombre qui le rendait très méfiant à son égard. Sa tendance à absolument vouloir user des armes à feu par exemple… il ne faisait pas grand cas de certaines vies humaines, et cette attitude ne plaisait pas au garçon. Il gardait tout ça pour lui évidemment, car l’anglais avait toujours été gentil avec eux, mais il préférait William, il avait toute confiance en lui pour cet entraînement. C’est pourquoi il obéissait sans discuter : il reconnaissait l’utilité de ce qu’on lui demandait.

Les choses commencèrent à se gâter pour Gabriel lorsque l’instructeur commença à parler d’embarcation pour aller sur une île déserte. C’était l’idée la plus farfelue qu’il n’avait jamais entendue. L’avantage, se disait-il, c’était que là-bas, ils auraient la paix : pas de présence nazie en vue, ce serait à peu près certain. Et de beaux paysages qui pourraient lui rappeler sa campagne d’enfance… ou pas, c’était maritime ici, mais bon…


1ère semaine, 3ème jour.


Le jour de la traversée arriva. Le jeune garçon stressait un peu, il n’avait jamais été fan des traversées en mer – ou plutôt il ne gardait pas un excellent souvenir de la seule qu’il avait effectuée de sa vie. Surtout sur une distance aussi longue, dans une embarcation aussi… sommaire, et aussi chargée ! Il avait vraiment peur en fait, il commençait à se demander s’il n’avait pas fait d’erreur de menuiserie, s’il n’allait pas faire couler tout le monde… non pas qu’il était particulièrement maladroit, il maniait plutôt bien ses mains mais n’était pas non plus un pro’ du travail manuel en général.

Les trois enfants furent réveillés bien avant l’aurore par leur instructeur. Il prit sa méchante voix, Gab’ n’appréciait pas trop ça. Ils obéissaient tous au doigt et à l’œil, alors pourquoi leur parler comme ça ? Heureusement qu’il aimait bien William, il se disait que ce comportement venait probablement de l’armée et qu’il fallait passer par-dessus. Le petit blondinet était encore plein de bonnes intentions… Ils remballèrent leur matériel de camp à une vitesse record. Après tout, ils avaient eu d’efficaces cours de survie pendant ces deux derniers jours. Et très vite, ils embarquèrent le matériel préparé la veille à bord et montèrent dans l’embarcation… Gabriel avait un nœud au ventre, il redoutait surtout les vagues. Il avait peur qu’elles fassent chavirer leur petite baraque en bois, ou que leur roulis le rendent malade… et puis il n’y connaissait rien à la navigation, à part les quelques cours suivis la veille ! Certes il savait bien nager, mais à quoi ça lui servirait en pleine mer ? Il commençait à avoir vraiment peur là… une peur raisonnable d’accord, mais quand même, il tremblait un peu, ses gestes n’étaient pas très assurés… Mais en prenant la mer, il fut assez vite rassuré par les évidentes connaissances d’Aaron en matière de navigation. Par exemple, il maniait les nœuds marins comme personne. Tout dans ses gestes respirait l’expérience, et ce fut ça plus que beaucoup d’autres choses qui rassura Gabriel. Ce dernier proposa de tenir la barre au début, pendant le plus longtemps possible, pour pouvoir se reposer quand il n’en pourrait plus. Le cap n’était pas encore trop difficile à tenir, car les vagues n’étaient pas encore trop violentes à proximité des côtes. Le garçon jetait régulièrement un coup d’œil rapide à la carte, il adorait se repérer en pleine nature. Il levait ensuite les yeux au ciel, qui était particulièrement brumeux mais que le soleil levant arrivait tout de même à percer. Et à la vue de ces couleurs rosâtres mêlées de gris, il s’assurait qu’il allait dans la bonne direction.

En cette matinée, la météo était idéale. Un vent assez soutenu sud-nord, une température fraîche… L’humidité n’était pas encore trop envahissante. En fait, il était rare de voir le soleil, même un peu caché, en cette saison. C’était une agréable surprise pour Gabriel, dont le repérage était grandement facilité. Il resta longtemps ainsi, les doigts crispés sur la barre, la respiration calme. Il aurait pu s’endormir dans cette position, s’il n’avait pas été aussi vigilant et appliqué. Au fil de la matinée, la brume devint de plus en plus opaque et il devint impossible de visualiser le soleil. Ce fut Aaron qui lui passa la boussole, pour ne pas se tromper de cap. L’humidité commençait à s’infiltrer sous les vêtements de Gabriel, et l’immobilité le faisait grelotter. Ses doigts devenus blancs étaient comme soudés à la barre, il ne les sentait plus. Il songea qu’un coup sec dessus aurait pu tous les briser, comme de la glace. Il ne s’en était pas encore rendu compte mais les vagues commençaient à être plus grosses, et il devait tenir la barre plus fort pour ne pas dévier. Ses bras étaient tout engourdis mais habitué aux situations physiques extrêmes, il ne s’en était pas encore rendu compte. Ce fut Matthias qui lui tendait un morceau de pain qui sortit Gab’ de sa posture de statue. Il laissa alors la barre à Aaron, et en détachant ses doigts de la barre, il ressentit immédiatement de vives douleurs aux bras et aux doigts. Il eut toutes les peines du monde à porter la nourriture à sa bouche, tandis que William ignorait superbement ses difficultés existentielles pour se nourrir. Il refusait même de croiser son regard. Le petit blond avait la sensation que l’instructeur faisait exprès de ne pas le regarder, pour ne pas lui montrer que ça le peinait de le voir galérer comme ça. Gab’ était un incorrigible romantique – ahem – il croyait dur comme fer que cet homme avait un cœur. Et il valait mieux qu’il pense ça, ou la traversée aurait pu mal tourner…

Le garçon termina son déjeuner avec d’infinies précautions. A présent, il tentait de se réchauffer les doigts pour éviter de se les casser. Matt’ secondait Aaron à la perfection, Gabriel décida donc de se reposer un peu. Il avait l’habitude de profiter de la moindre seconde de répit dans des circonstances difficiles… cependant il ne parvint pas à s’endormir, même pas à s’assoupir. Le froid et l’humidité qui l’enveloppaient malgré la couverture serrée sur ses épaules le faisaient violemment trembler quoiqu’il fasse. Il claquait des dents et ne parvenait pas à contrôler les spasmes de son corps. Il pensa à allumer un petit feu, n’importe quoi pour se réchauffer, avant de se raviser de crainte de flamber une partie de leur embarcation – qui, ne l’oublions pas, était en bois… C’est ce moment précis que choisit le capitaine du moment pour entrer dans les eaux plus agitées. C’est là que Gabriel se rendit le plus utile à la communauté du navire. Gelé jusqu’aux os, le roulis des vagues commença à entamer sérieusement son estomac, déjà particulièrement fragilisé. Il passa plus d’une heure, penché au-dessus de l’eau, à rendre tripes et boyaux. Il avait l’impression de revivre un enfer, tout son corps était plongé dans la douleur : ses membres endoloris par le froid, son ventre tordu par la mer… ses larmes se mêlaient aux embruns salés sans qu’il ne s’en rende vraiment compte. Toutes ses bonnes résolutions s’étaient bien vites affaiblies, il n’était plus d’aucune utilité sur ce bateau à présent. Il était juste cette espèce de loque qui se laissait traîner sur l’océan, comme quatre mois plus tôt, le froid en plus. Il se maudissait intérieurement d’être remonté dans un engin pareil : le bateau, quelle invention pourrie… Certes, il lui avait permis de gagner la France Libre et d’atteindre ses rêves, mais quand même, qu'est-ce qu’il ne fallait pas endurer…

Au bout d’un temps qui lui parut une éternité, William finit par le saisir par le col entre deux spasmes – il n’avait plus rien à rendre depuis longtemps de toute façon – et le secoua un bon coup en lui assenant deux claques magistrales. Voyant que la panique du garçon ne le quittait pas pour autant, il lui plongea la tête dans la mer quelques secondes et le secoua à nouveau en lui hurlant des paroles qui ne parvenaient pas au cerveau de la recrue. Bizarrement, ce refroidissement forcé ne le refroidit pas plus qu’il ne l’était déjà. De toute façon, Gabriel était déjà trempé par les embruns… mais il parvint à chasser la panique, celle qui s’était insufflée en lui avec le mal de mer. Cette peur irrationnelle de la maladie, du corps qui se détraque à son insu. Il devait garder la tête froide et rester pragmatique… tant qu’il serait concentré, tout irait bien… Il prit la carte et la boussole, et glissa des instructions à l’oreille de Matt’ entre deux hoquets, alors que Aaron se reposait à son tour. Gabriel claquait toujours des dents mais en gardant son calme, son ventre s’était un peu calmé. La fin de l’après-midi se termina ainsi, dans la douleur mais avec une maîtrise de lui-même toute nouvelle.

La nuit tomba sur la mer. Et avec elle, le noir d’encre. Les nuages cachaient totalement les étoiles, la nuit était presque sans lune. Il devint très difficile de se repérer, et alors que Matthias tenait la barre, les deux autres devaient allier leurs efforts pour savoir où ils allaient. Régulièrement, Gabriel allumait une allumette pour jeter un coup d’œil rapide sur la boussole, avant de l’éteindre immédiatement pour économiser les allumettes. L’opération était difficile car la boîte était extrêmement humide et le feu partait très mal. Mais ils naviguaient toujours dans la bonne direction, et William vérifiait discrètement le cap. Toute la journée s’était déroulée sans grand discours, avec uniquement quelques paroles entre les trois recrues, le strict minimum : elles tenaient à conserver leur énergie. Seuls quelques cris de William avaient de temps à autre déchiré le silence. Gabriel sortit trois parts de vivres qu’il tenta de faire réchauffer comme il le pouvait à l’allumette. Il mangea la sienne en vitesse avant de prendre la barre, le temps que Matt’ se nourrisse aussi avec Aaron. Le repas fut court mais terriblement revigorant. Étrangement, le fait de manger apaisa les crampes de Gabriel à l’estomac. Il se préparait sereinement à une nouvelle longue période de navigation immobile. Alors que ses deux camarades s’endormaient presque paisiblement, il se mit à fixer l’horizon, dans la hâte d’apercevoir enfin l’île. Il ne savait pas qu’elle serait hors de vue pendant plus de deux jours encore…
Après un temps indéfinissable, Aaron vint prendre la barre à la place du blondinet. Il sourit dans le noir à son sauveur, et tenta de se caler contre un rebord de bois de l’embarcation. Il se força à respirer profondément pour ne pas retomber dans la panique de l’après-midi, et commença à s’assoupir. Pourtant, le brouillard épais allié aux embruns continuait à lui glacer le sang, et le froid le réveillait régulièrement, lui interdisant le repos qu’il méritait et que son corps exigeait. Cette nuit difficile serait la première d’une longue série…

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Matthias Speth
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MessageSujet: Re: Programme d'entraînement initial : session n°1   Ven 4 Jan - 17:59

C’était le 5ème jour… Je crois du moins. Je ne comptais plus. Mon cerveau n’était tout simplement plus en état. Dès que nous avions fini de naviguer et que c’était au suivant de prendre le relais, nous nous endormions tout simplement comme une grosse masse. M. Prest ne nous venait bien évidemment pas en aide. Il était resté allongé la quasi-totalité de ce très agréable voyage, sans une seule fois lever le pouce lors de moment difficile. Je ne sais pas très bien comment il a fait pour rester couché comme ça. Je n’y serais jamais arrivé, je n’aurais pas supporté. Quoique, je ne sais pas ce que je préférais entre sa situation et la notre. Nous étions dans un bien piteux état, et l’entraînement n’avait, en soi, fait que commencer.
Le programme avait été assez chargé : cartographie, décryptage, construction en bois, course à pied, gym jusqu’à en devenir fou. Les derniers points allaient me rendre fou. Je n’aime vraiment pas le sport, sauf un. Et c’est une chance.
En effet, le soir avant de partir, nous avons eu droit à un cours de natation exprès. Je me souviens très bien de m’anxiété la première fois que j’ai mis les pieds dans l’eau. Et finalement, je m’y étais vite fait. J’avais trouvé les mouvements assez naturellement, et même s’ils étaient maladroits dans un premier temps, je ne craignais déjà plus les vagues qui agitaient la mer. Et heureusement que j’avais ce talent caché d’ailleurs. J’en aurais bien besoin, et j’aurais bien le temps de le développer durant cette semaine.
Nous avions du construire une barque en bois. C’était assez précaire, déjà bien avant de rentrer dans l’eau, alors je ne vous dis pas une fois en prise aux lames maritimes. Toujours est-il que jusqu’ici, nous avons survécus, nous ne nous sommes pas échoués au fond de cet aquarium géant, sans air, sur le sable fin qui constituait le sol de l’océan, et qui, j’en suis sûr, aurait été ravi de recueillir délicatement nos corps sans air, tel un savoureux met servi sur un plateau d’argent aux bêtes carnivores que peuplaient la mer. Malheureusement pour elles, ce n’était pas nos frêles corps qui les rassasieraient… Peut-être celui de Prest ferait l’affaire, mais lui, mieux que quiconque saurait s’en sortir. Il semblait un peu un super héros pour nous je crois, pour moi du moins. Bien sûr, il était sadique au possible, sans cœur. Mais il semblait avoir en sa possession des connaissances et des capacités tellement vastes, qu’aucun problème ne pouvait l’arrêter. Je préférais quand même Henderson, il avait un côté plus humain quand même. Néanmoins, il était probable que Prest exagérait et qu’en réalité, il n’était pas comme ça. Après tout, un bon espion ne doit il pas savoir jouer la comédie ?
Aujourd’hui néanmoins, j’ai bien cru que nous n’y survivrions pas. Nous parcourions environ une quinzaine de kilomètres par jour. Il était vraiment difficile de se repérer, en l’absence de points de repères reconnaissables. Il fallait constamment quelqu’un les yeux rivés sur la carte pour plus ou moins suivre notre trajectoire, en se servant du seul signe du soleil pour trouver le nord. Un autre ramait pour plus ou moins se diriger vers l’île, et enfin le troisième dormait. Nous nous échangions les rôles toutes les deux heures.
Le soleil se mit tout doucement à pointer son nez. Non, que dis-je, les gouttes de pluies commençaient à tomber autour de nous avec des Plics-Plocs étrangement aigus. Il n’y avait aucun soleil, juste une lumière d’origine mystérieuse et des nuages plutôt menaçant. Les oiseaux volaient assez bas, signe d’orage. Ces mêmes oiseaux d’ailleurs nous aidaient à nous diriger vers l’île. Au fil du voyage, nous avons remarqué que les oiseaux gardaient toujours le même cap que nous. Se dirigeaient-ils aussi vers Sula Sgeir ?
Justement, aujourd’hui, elles semblaient avoir décidé de devenir folles. J’étais occupé à diriger la construction en bois comme je pouvais – la rame était peu pratique- et Aaron lisait la carte (il semblait avoir un talent pour ça, peut-être grâce à sa mémoire visuelle fantastique). Nous somnolions tout doucement. La lueur que nous offrait le ciel était encore faible, l’air était sec, étouffant. Tout était rassembler pour nous fermer les paupières et laisser chavirer le navire, et ainsi, rater notre PEI.
Tout ? Non, car quelque chose, soudain, nous fit sursauter, très fort, si bien que je tombai dans l’eau. C’était parfait, même si elle était glacée et que son contact était peu agréable, pour m’éveiller pour de bon.

-« Qu’est-ce qui s’est passé ? » demandai-je à Aaron, légèrement affolé.

Je me hissai sur le bord du navire, épuisant un peu plus le peu de force que j’avais déjà. J’observai un drôle de spectacle devant moi. Un oiseau s’était planté le bec dans entre deux poutres en bois. Et n’arrivait plus à sortir. Je tirai délicatement la bête, qui s’envola violemment, comme vexée d’avoir raté son coup. Elle me griffa l’avant-bras au passage.

-« Awww, mon dieu». Des traces rouges étaient apparues sur mon poignet, et commençaient à goûter du sang. Ca piquait. Ma blessure pouvait s’infecter, mais il fallait que je continue. Si ce n’est qu’un deuxième oiseau se planta dans le bateau.

Quelque chose clochait. Pourquoi donc venaient-ils tous se planter dans notre barque ? Pendant que je me posais des questions, d’autres Fou de Bassan plongeaient violemment dans le navire. Qu’est ce qu’il se passait? Nous en voulaient-ils pour quelque chose ? Est-ce que c’était des sorciers invisibles qui les avaient envoyés sur nous. Est-ce que c’était les nazis ? Je ne pouvais me laisser avoir par eux à nouveau. Je retrouvai des forces, et allai dégager tant bien que mal les volatiles. Petit à petit, j’appris d’ailleurs à faire en sorte qu’ils ne me griffent plus- s’il y avait encore quelque chose à griffer.

-« Ils vont voir ce qu’ils vont voir, ces ***** » lâchai-je dans un chapelet de juron.

La rage aux dents, je continuais, inlassable dans mon énergie, même s’ils continuent à piquer en flèche sur notre frêle construction en bois. Alors que j’étais en train de libérer un nième animal, j’observai quelque chose, dans l’eau en dessous de la barque. Quelque chose scintillait, malgré l’absence de rayon lumineux à refléter. Je regardai de plus près ce qui se passait. Peut-être était-ce là, la source de tous ces dérangements…
Il s’agissait en fait d’un poisson. Je commençais à comprendre pourquoi ces rapaces nous bombardaient sans cesse. Leur nourriture était coincée dans un hameçon d’une canne à pêche précaire que l’on avait construit avec le bois restant. Le crochet avait du dépasser un peu trop dans l’eau De mes longs doigts fins, je le décrochai doucement avant qu’il ne nous cause plus d’ennuis.

-« Ouf » soufflai-je « on a eu chaud… »

Je me remit à ma position et rattrapai la rame. Mais mon bras me faisait atrocement mal maintenant, si bien que je lâchai violemment l’objet propulseur quelque part dans l’eau. Je soupirai. Je plongeai rapidement dans l’eau pour aller le chercher. C’est juste à ce moment, évidemment, que l’orage éclata. Il était violent, assourdissant, aveuglant. La colère de Zeus était fort proche. Tout ceci était plutôt dangereux, je ne souhaitais pas échouer ici. Si le bateau échouait, je me débrouillerais pour arriver à nager jusqu’à l’île qui n’arrivait jamais. Encore fallait-il trouver la force, mais ça, c’était une autre histoire.
Une fois réembarqué, je réveillai doucement Gabriel.

-« Tu peux prendre le relais, s’il te plaît Gabriel ? Il faut que je soigne mon bras » tout en lui montrant mon bras zébré de marques rouges.

Je farfouillai dans toutes les affaires pour un bandage ou un désinfectant, ou quelque chose pour protéger mon bras d’infections possible. Mieux valait éviter tout risque d’arrêt subit du à une cause extérieure. Enfin je trouvai une longue bande blanche aux traits rouges que j’enroulai du mieux que je pu autour de mes blessures, puis, je les fixai à l’aide d’une fixation fournie dans l’emballage. Sans doute n’était-ce pas fait très académiquement, mais c’était toujours mieux que rien.
Comme les deux autres garçons étaient bien occupés à leur poste, je les laissai. Après tout, cela faisait quatre heures que j’étais occupé à soit lire la carte, soit suivre les instructions pour diriger le navire.

L’orage, déjà, d’éloigna. Et comme on dit qu’après la pluie vient le beau temps, un soleil comme on en avait jamais vu depuis le début de la semaine apparut dans le ciel. Tout ça m’avait fort creusé l’appétit, si bien que je déballai les parts du jour pour en prendre un morceau. Ce n’était jamais un festin, car nous devions nous rationner. Mais chaque bouchée de nourriture – et peu importe sa qualité- nous redonnait de l’énergie à revendre et du courage pour aller plus loin.
J’apportai de quoi remplir leur estomac à mes coéquipiers, et retournai me coucher. Dans 3 heures, ce serait de nouveau à moi… avant la tombée de la nuit.

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Aaron Janow
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Carnet de Bord
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MessageSujet: Re: Programme d'entraînement initial : session n°1   Lun 14 Jan - 20:18

L'eau. Qu'aurais-je pu imaginer de pire, pour commencer l'entrainement ? Lorsque William nous emmena au bord de la mer pour nous donner une leçon de natation, malgré moi, je reculai. J'avais courus quand il nous avait ordonné de courir, sauter lorsqu'il fallait sauter, raté des repas, écourté mes nuits déjà pas bien longues, apprit à déchiffrer des cartes, à me servir d'une boussole, à reconnaître les signes d'un orage, à m'orienter selon le soleil ou les étoiles. J'avais suivit les autres du mieux que je pouvais, rassuré de voir qu'ils n'étaient pas des athlètes non plus.
Mais pas l'eau. Je refusais de laisser à nouveau ce liquide froid et salé entrer dans mes poumons, en chasser tout l'air qu'ils contenaient, en chasser le peu de vie qu'il me restait. Je refusais de sentir sa morsure, qui alourdit les vêtements et rend chaque mouvement plus pénible. Je ne pouvais pas. Pas encore. L’eau avait failli prendre ma vie une fois, après la mort accidentelle de mon père. Ou plutôt, j’avais laissé à l’eau une chance de prendre ma vie, m’abandonnant à elle après avoir tant lutté dans ma courte vie. Elle avait échoué. J’avais survécu, encore plus traumatisé qu’avant.
Mais William ne me laissa pas le choix. Alors que je voyais Matthias, ce petit garçon aussi discret que moi, qui partageait pourtant un bon lien avec Gabriel, se découvrir un don pour la natation, je mêlais mes larmes de peur à l'eau salée. Et, bien que forcé de me battre avec elle pendant plusieurs jours, je ne ressortis de cet entrainement à la natation que plus effrayé. Qu’allais-je faire, perdu au milieu de nulle part, entouré uniquement de cette étendue verdâtre et plate ? Nous n'avions vu que les bases, étant restés relativement près du bord, et encadré d'un adulte censé être responsable.
La question de son engagement se posa plutôt lors de la traversée. En effet, après avoir dû apprendre à nager, nous dûmes construire une petite embarcation. Je me sentis enfin utile. Je mis à profit les livres lus sur les chantiers navals, et toutes les manoeuvres observées lorsque je traînais au port. Notre embarcation paraissait précaire, mais je savais qu'à défaut de pouvoir transporter une armée, et sans gros imprévu, elle devait être capable de nous mener à bon port. Et, lors de ces imprévus en question, car il devait forcément y en avoir, le seul adulte sur la barque n’avait pas bronché. Peut-être que si j’avais été moins effrayé, je l’aurais vu se tendre imperceptiblement, prêt à agir. Surement que, si j’avais été en pleine maîtrise de mes capacités, j’aurais remarqué tous ces petits détails, les coups d’œil qu’il nous jetait et j’aurais vu qu’il n’aurait pas pu mieux nous surveiller tout en nous laissant libres.
La nuit qui précéda l'embarquement, je ne dormis pas, incapable de penser à autre chose qu'à nous quatre, isolés sur notre barque pendant une semaine. Et lorsqu'il fallut mettre le pied sur le bateau...
Tant que je tenais la barre, mes mains ne tremblaient pas. Et quand il fallait se concentrer pour garder le cap, ma tête était suffisamment occupée pour détourner mon attention. Alors je faisais de mon mieux pour rester occupé la plupart du temps. Nous faisions des tournus, toutes les quatre heures environ. Barre, carte, repos. Mais quand c'était mon tour de me reposer, j'étais incapable de fermer les yeux. Je ne pouvais pas me laisser aller, m’abandonner. Je ne pouvais pas baisser ma garde. Je ne pouvais pas faire taire la peur que je m’efforçais pourtant de cacher. Petit à petit, contre toute attente, la sourde terreur qui pulsait au fond de moi se calma, au fur et à mesure que la fatigue gagnait mon corps tout entier.
Quand vint le matin du sixième jour, je fus réveillé par des cris de joie. Je gardais les yeux fermés un instant, réalisant que, enfin, j'avais réussis à dormir. Je profitais de cet instant, cet instant magique, lorsque qu'on ne dort plus vraiment mais que nous ne sommes pas entièrement réveillés. Cet instant où tout semble possible, où le monde des rêves et celui de la dure réalité se confondent, où même le fait que l'île soit visible est possible.
Visible ?
J'ouvris les yeux et me relevai brusquement. Un peu trop, car quelques étoiles envahirent mon champs de vision. Le manque de sommeil associé à un rationnement drastique m'avaient drôlement affaibli. Mais lorsqu'elles se dispersèrent, je pus voir qu'en effet, une tache noire avait surgit à l'horizon. Gabriel et Matthias étaient aux anges et alors que je jetais un rapide coup d'oeil à notre instructeur, je vis qu'il avait du mal à cacher sa joie et sa fierté.
Mais alors que les deux enfants se mirent à sauter pour exprimer leur soulagement, le vent marin me fit frissonner. J'avais un mauvais pressentiment. Je me secouais. Pourquoi étais-je incapable d'être heureux avec eux ? Pourquoi ne pouvais-je pas oublier un instant, juste un petit moment, et me réjouir d’avoir survécu à la traversée, comme eux ? Je pris sur moi et me levai aussi. Mais alors que je les rejoignis, je compris ce qui clochait.
Tout se passa au ralentit. Je les vis atterrir au même moment, du même côté de l’embarcation, celui où je venais d’arriver. Je vis le choc secouer leurs vêtements humides et leurs cheveux emmêlés, j’entendis leurs semelles claquer sur les planches du bateau. Je sentis le sol se pencher, la barque déséquilibrée par tant de poids sur le même bord. Je sentis l’arrière de mes chevilles frapper contre le rebord du pont, et mon frapper la surface bleue. Je sentis le sel infiltrer ma bouche, se déposer dans ma gorge.
J’aurais dû lutter. J’étais un bon nageur, meilleur probablement que Matthias et Gabriel réunis. Je savais nager avant de savoir parler. J’avais grandis dans un lieu entouré d’eau. J’aurais dû lutter. Coordonner mes mouvements. Bras, jambes, bras, inspirer, jambes, bras. Je savais le faire. Mais j’avais été surpris. Au moment où je touchais l’eau, mes yeux enregistrant William qui retenait Matthias, Gabriel qui tombait près de moi, un sac blanc qui flottait déjà, c’était comme si j’avais perdu une année.
J’étais à nouveau cet enfant dévasté que Tanja avait entreprit de ramener à la surface. J’étais à nouveau un poids mort, un corps qui expirait. Alors que quelques bulles s’échappaient encore de mes lèvres, tout semblait étonnement clair. Au-dessus de moi, Je voyais les pieds nus de Gabriel battre l’eau pour le maintenir à sa surface. Je voyais une chaussure qui coulait, les lacets ondulant derrière elle. Je voyais deux sacs de tissus blancs qui s’enfonçaient tout doucement, plus lentement que moi. La dernière chose que je vis fut le soleil qui faisait miroiter l’eau si pure.
Je fermai les yeux, gardant mes dernières forces pour expirer une dernière fois.
Je ne sentis pas une poigne forte m’attraper sous les bras. Je ne toussais pas, alors que ma tête émergeait enfin de l’eau. Je ne laissais pas l’air marin remplacer le liquide dans mes poumons engorgés. Je ne sentis pas les planches à nouveau sous mon dos. Je ne sentis pas la force qui s’exerçait sur ma poitrine, obligeant l’eau à quitter mon corps. Je ne sentis pas l’air revenir en moi, ramenant la vie avec lui.
Lorsque je me réveillais, une heure plus tard, et que les autres me racontèrent tout cela, je ne sus pas quoi leur répondre. J’avais échoué. L’eau avait gagné, une fois de plus. William mit mon silence sur le compte de la fatigue, ou peut-être du choc. Il me montra sa paume, disant quelques mots qui ne parvinrent pas jusqu’à mon cerveau. Je sombrais encore un moment. Mais cette fois, je me réveillais en hurlant.
Il me fallut une minute pour réaliser que j’étais toujours sur l’embarcation. Je repris peu à peu mes esprits. William m’avait sauvé la vie. J’avais eu tort de me méfier de lui. Je me levais doucement, rassurant d’un geste Gabriel qui me regardait comme si j’allais m’évanouir à tout instant. Je m’approchais de l’instructeur et le remerciais, avant de lui demander si nous avions perdu des affaires importantes. Il me rassura, m’expliquant que les deux garçons avaient eu la présence d’esprit de ramener sur le bateau les deux sacs qui en étaient tombés, pendant que lui-même venait me chercher. La barque ne s’était pas retournée, elle avait juste un peu trop penché.
Je restais silencieux le reste de la journée. Qu’aurais-je pu dire ? Je leur avais montré ma peur, ma faiblesse. J’avais frôlé la mort, une fois de plus. Je m’acquis de ma tâche du mieux que je pus, mais malgré nos efforts, la côte semblait se rapprocher au ralentit. Lorsque la nuit se mit à tomber, nous dûmes nous résoudre à l’idée que nous ne l’atteindrions que le lendemain matin. J’avais hâte de sentir enfin la terre ferme sous mes pieds.

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