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 PEI session n°1 - semaine 2

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William Prest
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MessageSujet: PEI session n°1 - semaine 2   Dim 6 Jan - 13:56

La navigation avait été difficile. Même si la mer n'était pas encore trop agitée dans cette zone - correspondant à une plaque continentale, les fonds marins sont peu profonds ce qui ne permet pas la formation de vagues aussi grosses que dans les océans - il était tout de même difficile d'y faire naviguer une minuscule embarcation de bois, affublée de quatre personne dont un poids mort, en plus d'un armada de vivres et de matériel pour quatre semaines. William avait aboyé quelques ordres à gauche et à droite, sans être trop coercitif quand même. Il jugeait avant tout la capacité de ses recrues à se dépatouiller dans des situations difficiles, il avait donc préféré les regarder galérer et, surtout, trouver des solutions par eux-mêmes ! Dans l'ensemble, ils s'en étaient sortis admirablement puisqu'ils avaient réussi à faire accoster l'embarcation sur les récifs qui bordaient l'île... il faut dire que cette petite île n'est pas franchement bordée de plages de sable fin. C'est plutôt un immense bloc rocheux qui pointe au milieu de nulle part, en pleine mer. Peuplée majoritairement d'oiseaux de mer, l'homme n'a jamais réussi à s'y installer durablement, c'est pour dire combien elle est hospitalière !

L'embarcation accosta dans la nuit du sixième au septième jour de la première semaine. Épuisées, les trois recrues avaient déballé le matériel en vitesse avant de s'endormir lourdement dans un campement improvisé à la va-vite. Ils étaient tous trop heureux de retrouver la terre ferme ! Même William n'était pas mécontent de sentir un sol dur sous ses pieds, ça le changeait du tangage incessant de l'embarcation et lui procurait une sensation de sécurité dont il n'aurait pas cru avoir besoin. S'il était un militaire, il n'avait jamais été particulièrement marin, il avait donc une excuse... William s'endormit quant à lui confortablement dans sa tente toute chaude, que sa femme avait confectionné elle-même.

Le réveil fut ainsi légèrement difficile pour tout le monde, puisqu'il se fit dès 6h du matin. Les recrues furent naturellement privées de petit déjeuner, lui préférant amplement ces rudes exercices physiques auxquels elles avaient eu droit avant leur départ en mer. William les mena durement pendant 4h d'exercices intenses, pendant lesquelles l'instructeur ne leur laissa presque aucun repos - pendant que lui était confortablement installé dans sa fidèle chaise pliante, naturellement. Le reste de la matinée servit à des cours de décodage de différents systèmes de communication comme le morse et les alphabets étrangers. Le repas du midi fut, heureusement, assez consistant pour la journée. L'après-midi de ce septième jour fut dédiée à des cours de maniement d'armes diverses dans un but de survie dans la nature. Au programme : création d'armes improvisées, initiation à la chasse et à la pêche avec les moyens du bord... Finalement, la fin de l'après-midi fut remplie par de derniers exercices physiques destinés à muscler ces jeunes gens, qui commençaient déjà à prendre un minimum de carrure après la semaine passée. Le repas du soir fut léger et rapide. William en profita pour détailler la semaine à venir à ses recrues...

" - Bienvenue sur l'île de Sula Sgeir mes petits ! Le paysage est magnifique mais comme vous pouvez le constater, le milieu n'est pas vraiment aménagé pour la vie des hommes. Vous allez devoir vous débrouiller tous seuls ici, mais vous êtes chanceux : la météo n'est pas franchement différente de celle de l'Ecosse, et vous n'avez rien à craindre des animaux et des plantes qui vivent ici. Je vous distribue à chacun une carte de l'île ainsi que les premières instructions. Vous devrez atteindre des points stratégiques tout au long de la semaine. A chaque fois, les instructions seront présentées sous forme d'énigmes qui vous permettront d'en apprendre un peu plus sur les légendes qui habitent cette île. La compréhension de ces légendes vous mèneront à des lieux précis où vous trouverez les instructions qui vous permettront d'arriver au point de passage suivant. A chaque point, vous trouverez également un peu de matériel qui pourra vous être utile dans votre quotidien... car vous serez livrés à vous même pendant toute la semaine qui vient. Vous devrez vous débrouiller pour vous nourrir, dormir et vous déplacer. Je ne serai plus avec vous ! A l'issue de la semaine, si vous n'avez rien loupé, vous aurez parcouru tout le tour de l'île. Cette semaine sera probablement assez dure pour vous, mais j'ose espérer que l'enrichissement de votre culture pourra vous apporter un bénéfice personnel. Bien, si vous n'avez pas de question, je vais me retirer, et je vous dis à la semaine prochaine... "

Sans attendre s'il y avait une question, William repartit vers la côte et s'installa confortablement dans le seul bâtiment en dur construit sur l'île. Il l'avait aménagé au préalable pour son confort personnel, il allait donc pouvoir passer une semaine bien tranquille... Évidemment il vérifiera de loin qu'il n'arrive rien de grave à ses trois recrues, mais ce travail d'observation sera des plus discrets. Les gamins devront se croire tout à fait seuls et livrés à eux-mêmes, ce qu'ils étaient bien, d'une certaine façon...

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    Les instructions du staff :

    Vous devrez raconter chacun une journée de survie en milieu naturel, de la même façon que pour la semaine précédente. Les critères de notation sont les mêmes.

    Des instructions données par William aux recrues sont sous pochette plastique et contiennent deux cartes de l'île : une carte d'état major pour se repérer de façon précise, et une carte ancienne pour vous aider à vous repérer par rapport aux légendes. Vous disposez également d'un texte rédigé en anglais, résumant ces légendes pour vous permettre de mieux comprendre les énigmes présentées au long du parcours :
    Spoiler:
     

    Gabriel Deschamps devra raconter le 4ème jour de la semaine, Matthias Speth le 2ème et Aaron Janow le 5ème. Vous devez avoir publié votre RP de cette deuxième semaine avant le 13 janvier 2013, délai de rigueur. Vous aurez chacun des points de passage différents, vous devrez donc faire évoluer votre personnage seul et indépendamment des autres, sans entraide possible.

    Bon courage, et à la semaine prochaine Wink
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Gabriel Deschamps
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MessageSujet: Re: PEI session n°1 - semaine 2   Sam 12 Jan - 1:58

2ème semaine, 4ème jour.



Nous étions au quatrième jour de la deuxième semaine, et Gabriel était déjà sur les rotules. La traversée en mer avait été éprouvante et ils n’avaient pas eu un instant de repos depuis. Ils avaient été lâchement jetés dans la nature pour une soi-disant « expérience de survie ». Gabriel était outré. Jusqu’ici, il avait toujours eu confiance en William mais depuis le début de cette semaine il avait l’impression d’avoir été trahi. En fait, il se sentait seul, et il avait la sensation d’avoir été abandonné. Lui qui ne donnait sa confiance qu’à trop peu d’hommes sur terre, il nourrissait une rancœur toute nouvelle et assez violente envers l’instructeur. Heureusement pour lui, il n’eut pas l’occasion de lui faire savoir car l’homme se montrait désespérément absent… Gabriel n’avait jamais eu aucun mal à survivre dans la campagne. Il avait appris la débrouille avec Amisha dans la forêt et était déjà un fin chasseur, il savait dépecer n’importe quel petit animal, surtout les lapins en fait. Il avait moins l’habitude des oiseaux – l’animal le plus présent sur l’île – mais il s’était très vite fait la main. Ces choses-là c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas !

Depuis le début de la semaine, Gabriel se débrouillait donc remarquablement bien pour organiser sa vie, son campement pour la nuit, trouver sa nourriture… Il n’avait aucune difficulté particulière de « survie », la situation lui paraissait plutôt naturelle en somme. Pour ce qui est des points de passage obligatoires et des énigmes, c’était une toute autre histoire… Il était hors de question pour lui d’obéir aux ordres de cet instructeur qui l’avait trahi. Il n’avait aucune idée de résoudre ses énigmes, il n’avait même pas lu la première lettre d’instructions à partir du moment où William s’était éclipsé dans sa petite demeure confortable. Gabriel ne faisait pas grand-chose de ses journées, il avançait un peu autour de l’île – qui n’était pas si vaste que ça d’ailleurs – et broyait du noir en espérant que le jour où il allait retrouver Matthias arriverait vite. Il se sentait trop seul et sans personne autour de lui, il n’était bon à rien. Il n’avait plus goût à grand-chose, ne s’intéressait pas aux quelconques légendes qui avaient pu faire vivre cette île de malheur. Il se sentait affreusement seul au monde, il n’avait que rarement éprouvé ça dans sa vie et ce sentiment lui rappelait ses heures les plus sombres. Il n’avait plus aucune volonté et pour ne rien arranger, son estomac avait assez mal supporté le voyage en radeau de presque une semaine. Il ne mangeait donc plus beaucoup, ayant pris l’habitude de ne presque rien avaler pour éviter les nausées. Etant doté d’un corps plutôt résistant, il était tout de même en train de s’affaiblir, mais la faiblesse était surtout morale : il était totalement dégonflé, alors que l’entraînement n’était qu’à moitié passé… quelle folie de faire endurer de telles choses à des gamins qui avaient déjà tant souffert…

Gabriel se réveilla avec le cri des oiseaux et le soleil levant, comme chaque matin depuis quatre jours. Comme à chaque fois, il alluma un petit feu pour griller le petit oiseau attrapé la veille, et rumina des idées noires en fixant les flammes qui dansaient. Les premiers jours, il avait tenté de se trouver des fruits sauvages, mais sans succès : cette île était décidément trop pauvre en espèces biologiques, on y trouvait uniquement cette masse d’oiseaux extraordinaire et de l’herbe immangeable (car Gabriel avait essayé, immanquablement). En fourrant son nez dans les entrailles de l’oiseau, le petit blond se demanda ce qu’il faisait ici. Pour la première fois depuis son arrivée à EE Unit, il retraça les événements qui l’avaient conduit ici, sur cette île… En y repensant il ne pleura pas, il n’en était même plus capable. Il sentit seulement ses entrailles se déchirer de nouveau, comme à chaque fois qu’il repensait à l’horrible solitude qui l’enserrait depuis le début de cette semaine. Mais – seule chose nouvelle – il se souvint ainsi pourquoi il était ici. Il se rendit compte avec horreur et effroi qu’il avait oublié son objectif principal, l’objectif de sa vie. Il n’avait pas droit à l’erreur, il devait rallumer cette flamme de vengeance en lui ou bien il n’aurait plus jamais la motivation nécessaire pour continuer à vivre. Il s'était trop battu pour en arriver là et abandonner maintenant ! En colère contre lui-même, il se leva brusquement et lança un coup de pied dans le bois qui alimentait le feu. Il se brûla les pieds au passage et se mit à sautiller sur place pour que la douleur passe. Il était en rage contre lui-même.

Il sortit sa pochette transparente de son sac, celle qui contenait les instructions, et l’arracha quasiment au passage. Il la lut avec cette vitesse impressionnante pour un gamin de son âge. Il était question, pour le premier point de passage – qu’il aurait dû atteindre trois jours plus tôt... – d’une femme qui cherchait à se soustraire à la tentation de son frère et qui s’était réfugiée auprès des oiseaux de l’île pour le sauver du péché de luxure et d’inceste. Encore une histoire de saints, Gabriel ne pouvait plus les voir en peinture ceux-là. Leurs histoires ne servaient à rien d’autre qu’à aveugler les peuples, sa colère en fut décuplée. Il se mit à crier et chiffonna la feuille entre ses doigts. Il se retint de la déchirer, mais au dernier moment il se rendit compte qu’il en aurait besoin… Il fallait trouver le lieu de retraite de cette femme, sur cette île. Allons bon, pas un indice de plus ? Comment savoir où est-ce qu’elle créchait la pimbêche ? Gabriel dut relire le texte plusieurs fois. Il était assez mauvais en énigmes en général, il préférait les débats avec un but utile… Le reste de la famille habitait sur une petite île à proximité… Voilà qui l’avançait remarquablement ! Il se souvint alors d’un endroit où il était passé quelques jours plus tôt. Il s’était arrêté sur un promontoire rocheux et avait trouvé des pierres en forme de siège, face à la mer. Il avait rêvassé là pendant plusieurs heures, avant d’installer finalement sa tente pour la nuit. Après réflexion, ce siège ne paraissait pas tellement naturel…

Gabriel frappa le poing en l’air, toujours en colère contre lui-même. Il avait été à deux pas d’un indice et était totalement passé à côté ! Sûr de sa route, il ne jeta même pas un coup d’œil aux cartes et se mit à courir en direction du lieu qu’il avait occupé quelques jours plus tôt. Il ne s’arrêta pas et courut d’une traite la distance qui le séparait de l’endroit de ses souvenirs. Une fois arrivé, il avait le souffle court. Il s’arrêta brusquement et des petites étoiles se mirent à danser devant ses yeux, il fut obligé de s’asseoir quelques instants pour reprendre son souffle et un rythme cardiaque moins fou. Il reconnut aussitôt le promontoire ainsi que les rochers en forme d’assise… Il jeta tout son matériel à terre et se mit à fouiller tout autour des pierres. Il en dégagea la plupart de ses petits bras, il s’écorcha au contact de la roche à cause de sa peau encore trop fine et trop fragile. Egratigné de partout, il cherchait fébrilement, presque en transe, et finit par trouver une pochette imperméable… il tira dessus un coup sec et faillit la déchirer. Heureusement, le morceau était bien solide !

Il se mit alors à fixer sa trouvaille mais fut totalement incapable de lire les nouvelles instructions… Il avait des problèmes aux yeux ? Sa colère, sa frustration, sa solitude l’auraient-elles rendu aveugle ? En promenant son regard autour de lui, il découvrit que tout était noir. La nuit était tombée sur l’île depuis un bon bout de temps, mais il ne s’était rendu compte de rien, tellement il était obnubilé par ses recherches. C’est uniquement à cet instant qu’il se rendit compte qu’il était totalement épuisé. Pour une fois le ciel était dégagé, et il scruta rapidement les étoiles. La position des deux ourses autour de l’étoile polaire indiquait plus de minuit ! Il n’en crut pas ses yeux, il avait totalement perdu la notion du temps… Il avait dû rester des heures en train de se lamenter avant de démarrer, et sa fouille avait dû aussi traîner en longueur… l’air n’étant pas trop humide à cette hauteur, il ne prit pas la peine de monter sa tente et s’enroula directement dans sa couverture. Il n’avait pris qu’un maigre repas le matin mais il s’en fichait, il n’avait pas faim. Son cerveau tournait à plein régime, comme s’il espérait pouvoir rattraper la moitié de la semaine qu’il avait perdue. Il échafaudait tous les plans possibles pour terminer tous les points de passage en une vitesse record… demain, demain, il ferait trois points de passage au lieu d’un… il rattraperait tout son retard et arriverait premier à la fin de la semaine… il retrouverait William… AH ! Le traître ! Non… il retrouverait Matthias, son nouveau petit frère, celui qu’il n’avait jamais eu… et ils s’épauleraient jusqu’à la fin de la semaine parce-que lui ne l’avait jamais abandonné, il n’allait pas commencer maintenant… ils se retrouveraient et iraient massacrer les chefs boches ensemble…

Sur ces bonnes pensées, Gabriel s’endormit comme une masse, la tête lourde, le corps un peu faible, mais l’esprit bouillonnant d’une motivation nouvelle.

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Aaron Janow
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MessageSujet: Re: PEI session n°1 - semaine 2   Dim 20 Jan - 19:34

Depuis cinq jours, le monde avait enfin arrêté de tanguer. Mais si ma première nuit sur la terre ferme avait été un délice, les suivantes, elles, le furent nettement moins.
Ce n'était pas le fait que nous devions agir seuls qui m'embêtait. De toute façon, je n'avais pas vraiment de relation avec les deux autres garçons. Oui, ils étaient gentils, oui, nous venions de partager une semaine sur une barque, à la merci des éléments. Mais, pour moi comme pour eux, visiblement, cette semaine était loin d'avoir été la pire de nos courtes vies. À l'exception de l'eau, mais je tâchais juste d'éviter de penser au trajet de retour, tout en espérant follement que quelqu'un viendrait nous chercher et qu'il ne serait pas à refaire sur notre embarcation qui avait déjà bien souffert. Parce que, vu le peu de végétation de l'île, la remettre d'aplomb serait un exploit surhumain. Hors, loin d'être des surhommes, nous n'étions que trois enfants marqués et un adulte qui faisait clairement tout pour n'avoir rien à faire.
Ce n'étaient pas non plus les énigmes. J'en avais résolues cinq jusqu'à présent, et avais donc une légère avance.
Non. J'avais de la peine avec la nourriture. L'herbe folle qui recouvrait le caillou que je traversais en long et en large depuis cinq jours était quasi immangeable. De même que la mousse qui pointait difficilement çà et là. Ne restaient que les animaux. Au début de la semaine, je répugnais l’idée de tuer un animal de mes mains. Dans toute ma vie, je n’avais mangé de la viande que rarement, celle-ci étant extrêmement onéreuse. Je ne voulais pas ôter une vie, si j’avais une autre solution. Puis, la faim aidant, j’avais refoulé mes principes et essayé d’attraper un de ces oiseaux. Mais j’avais beau faire de mon mieux, ils m’échappaient tous, à grands renforts de coups de griffe et de bec.
Le matin du cinquième jour, je m’étais réveillé avant l’aube, dévoré par la faim. Je m’étais levé doucement, parce que depuis la veille, quelques étoiles envahissaient mon champs de vision à chaque fois que je me mettais debout trop brusquement. Vu que j’avais une énigme d’avance, je décidai de consacrer ma journée à la recherche de nourriture, sans quoi, de toute façon, je serai probablement incapable de survivre jusqu’à la fin de la semaine.
Je n’avais pas beaucoup d’affaires, alors je fus prêt rapidement. En fait, je ne possédais qu’un demi bec d’oiseau trouvé deux jours avant, qui coupait terriblement bien, les feuilles de papier des cinq dernières énigmes, ainsi que celle, toujours non déballée, de la suivante, une couverture sommaire, faite en rassemblant les emballages en plastique des énigmes, les deux cartes et de l’eau. Je manquais de me couper les doigts à chaque fois que j’utilisai le bec. Les feuilles ne me servaient à rien, si ce n’était que je ne voulais pas laisser de déchets sur une île inhabitée. Je ne voulais pas déballer l’énigme suivante, parce que je savais qu’alors, mon cerveau n’aurait de cesse de la résoudre, et je ne mangerai probablement pas de la journée. Je n’avais pas résisté à la tentation d’y jeter un coup d’œil, la veille, mais pas suffisamment pour commencer à l’analyser. Ma couverture ne tenait absolument pas chaud, elle était d’ailleurs beaucoup trop petite pour me recouvrir en entier, mais elle avait le mérite de me protéger de la pluie. Je n’étais pas sûr d’avoir assez d’eau plate pour tenir jusqu’à la fin de la semaine. Quant aux cartes, j’avais beau les avoir mémorisées depuis longtemps, je les gardais quand même, au cas où.
Mes maigres possessions rassemblées, je regardais autour de moi. Mais il n’y avait que de la pierre, de l’herbe, et l’étendue blanche des oiseaux, qui reprenait à quelques mètres de mois, suffisamment loin pour qu’ils puissent s’enfuir si jamais je tentais une approche. J’allais devoir ruser. Depuis quelques jours, je tressais ensemble les brins d’herbe sauvage. Heureusement pour moi, personne n’avait eu l’idée de les couper, alors en cinq jours, j’avais obtenu un petit filet. Je ne savais pas vraiment s’il était résistant, mais je priais pour qu’il le soit. Je marchais un moment, le temps de rassembler quelques petits cailloux et un plus gros. J’attachais les petits aux coins du filet, pour qu’il retombe. Pendant une heure, je m’entrainais à le lancer sur un petit monticule pierreux, jusqu’à ce qu’il retombe juste neuf fois sur dix. Je ne pouvais pas manquer cette chance. Mon estomac me l’interdisait.
Armé de mon filet, d’une grosse pierre et de mon bec, je marchais à pas de loups vers un groupe d’oiseaux qui piaillaient bruyamment. J’en repérai un, isolé, comme à la traîne. Alors que je n’étais qu’à deux mètres de lui, je lui jetai mon filet improvisé dessus et courus vers lui. Je tentais de l’assommer avec la grosse pierre, mais il donna un coup d’aile et elle s’envola. Mon filet naturel se déchira comme du papier, et je me retrouvais seul contre un oiseau en fureur. Une fois de plus, je me contentais d’essayer d’éviter ses coups. Mais je ressentis une violente brûlure et tombai à terre. Réalisant que je ne représentais plus une menace, l’oiseau s’en alla en volant lourdement.
Je serrai les dents. Mon avant-bras gauche n’était plus que douleur, et chaque battement de mon cœur la répandait un peu plus dans mon corps. Je tentais de tirer doucement sur ma manche pour découvrir la blessure, mais la douleur se décupla et je manquai de tomber dans les pommes. Bon. Il me fallait de l’eau. Mes réserves étaient insuffisantes pour que je puisse en gaspiller comme ça. Je laissais mes affaires en plan et marchai donc vers le bord de l’île le plus proche. Mon corps entier me hurlait de courir, pour soulager la douleur plus vite. Mais si je courrais, je risquais de passer dans les pommes, et alors là, je ne donnais pas cher de ma peau. Étonné de garder la tête froide, je fus nettement moins sûr de moi en voyant la baie escarpée. L’eau n’était qu’à une vingtaine de mètre, inaccessible. Et j’avais beau regarder des deux côtés, le mur était identique. Je n’étais pas en état de tenter une désescalade. Pris d’une subite folie, sans doute dictée par la douleur que je m’efforçais de contenir, je pris mon élan et sautai. Mes pieds frappèrent l’eau une fraction de seconde avant que je ne me retrouve submergé. Balloté par les vagues, je devais être loin sous la surface. Mais pourquoi avais-je fait ça ?
Je ne me laissais pas le temps de penser. Je dus me faire violence pour obliger mes jambes et mes bras à exercer quelques mouvements de brasse. Mais l’adrénaline, libérée dans mon organisme à cause de la douleur, fit taire toute trace de peur en moi. Je n’avais plus peur de l’eau. L’eau allait me sauver, sauver mon bras. J’émergeais après quelques mouvements, soulagé de reprendre une bouffée d’air, fut-il saturé de sel. Heureusement pour moi, une petite plage de cailloux était visible tout près. Je me laissai échouer dessus. Un mètre plus loin, le mur reprenait, avec ses vingt mètres de paroi escarpée. Je m’accordai quelques instants de répits.
Puis, douleur oblige, je m’assis sur la minuscule berge. Mon bras saignait encore. Mais ma nage forcée avait eu le mérite d’achever de séparer les lambeaux de tissus de ma plaie. La blessure semblait peu profonde, finalement. Si la plaie était plus grande que ma main, je pouvais toujours bouger mes doigts. L’oiseau n’avait donc pas arraché de muscles, ni de tendons. Ni de nerfs, au vu de la douleur qui pulsait toujours, plus sourde à présent. Je me penchai pour nettoyer la blessure encore une fois. Je devais la panser. Parce que j’allais bien être obligé de remonter cette paroi abrupte et que je n’y arriverai pas, comme ça. Mais sur moi, je n’avais que mes habits. En fouillant dans mes poches de ma main droite, je découvris l’emballage de l’énigme du lendemain.
Je ne l’avais pas laissée avec les autres, trop préoccupé par la possibilité de la perdre. Je déchirai donc le plastique avec mes dents. J’allais devoir mémoriser les quelques phrases, parce que la feuille avait peu de chance de survivre longtemps. C’est en réalisant que je ne pouvais pas lire, que je remarquais que je pleurais. J’avais crus que le gout salé dans ma bouche n’était que de l’eau de mer. Mais des larmes brouillaient ma vue, caressaient mes joues. Je m’essuyai les yeux du dos de ma main droite et me mis à lire les mots. Je ne pouvais m’accorder du temps. Parce que sinon, j’allais réaliser que j’étais déchiré de douleur, que mon ventre criait toujours famine, que je grelottais sous mes habits trempés et que ma blessure allait probablement s’infecter et que j’étais vraiment mal partit pour une escalade, fut-elle de vingt mètres. Alors je devais continuer à garder la tête froide, réprimer mes sentiments pour enregistrer les mots.
Je lus la feuille trois fois avant de la rouler en boule et de la fourrer dans ma poche. Puis j’arrachai mon autre manche. Une fois déchirée en deux, elle fit un bandage sommaire. Je la rinçai dans l’eau, avant de l’essorer tant bien que mal, d’une seule main. Puis que tâchais de l’enrouler autour de mon autre avant-bras, en glissant le dernier bout sous la couche d’avant. Pour finir, je recouvris le tout du plastique. Il était de bonne qualité, et me protégerai sans doute de la pierre rugueuse contre laquelle j’allais devoir me frotter.
Il ne me restait plus que l’escalade. Je ne pouvais pas rester bien longtemps sur la petite berge. La marée allait monter, et je n’aurais alors plus aucun appui. Je regardai le mur, tentant de voir s’il y avait un passage plus accessible qu’un autre. Sauf que je n’avais jamais fait d’escalade. Je n’avais jamais vu de montagne, ni d’autre mur que les briques de la ville et le métal des bateaux. J’avais beau avoir escaladé un nombre fou d’échafaudages, et rarement en utilisant les échelles, ça n’avait rien à voir.
Stop. Je devais garder la tête calme. Une main dans une anfractuosité. L’autre sur une prise. Puis un pied. Et enfin l’autre. Je ne touchais plus la petite plage de cailloux. Bon. Monter un pied, parce que j’étais incapable de tirer sur mes bras. Et l’autre. Lâcher la main gauche. Le soulagement d’empara brièvement de moi alors que je dépliai mes doigts. Je le fis taire en empoignant une autre prise, une trentaine de centimètres au-dessus. Main droite. Et les pieds, à nouveau.
Ici, un petit trou parfait pour y glisser mes doigts. Là, un caillou vaguement instable, sur lequel je pouvais mettre un pied. Une écaille juste assez grande pour couvrir mes premières phalanges. Un trou trop petit pour que j’y glisse ma chaussure. Profitant d’un replat, je délassai mes chaussures et les attachai ensemble, avant de passer le tout sur ma nuque. Elles pendaient de chaque côté. Comme ça, je pourrais glisser mes pieds plus facilement. Je dus tenter de regarder vers le bas, pour voir de combien de mètre j’étais déjà monté, mais je me l’interdis. Ne regarder que vers le haut. Pousser sur les pieds. Tes jambes te supportent toute la journée, elles ont beaucoup plus de force que tes bras. Prends ton temps. Respire bien. Choisis tes prises avec précaution. NON ! Ne regarde pas en bas. Seulement en haut. Là, pour ta main. Voilà, c’est bien, continue comme ça. Tu vas y arriver.
Lorsque mes mains touchèrent enfin le plat, je ressentis un immense soulagement. Enfin, l’horizontale. Je regagnai mes affaires et me couchai à même le sol, incapable d’esquisser le moindre mouvement supplémentaire. La nuit était déjà tombée. Je restai sur le dos, fixant les étoiles. J’avais manqué de mourir plusieurs fois, aujourd’hui. D’abord l’oiseau, puis l’eau, en enfin, l’escalade. Plusieurs cailloux avaient roulés, et je m’en étais sorti de justesse. Mais je l’avais fait. J’avais survécu. Mon ventre gronda, pour me rappeler que je n’avais absolument rien mangé de la journée. Tant pis. Je mangerai demain. Je résoudrai cette foutue énigme. Je prierai pour ne pas avoir d’infection.
Je m’endormis doucement, luttant contre la douleur de mon bras et celle de mon ventre. Si j’avais survécu une journée pareille, je pourrais survivre jusqu’à la fin de la semaine.

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Dernière édition par Aaron Janow le Ven 25 Jan - 19:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: PEI session n°1 - semaine 2   Dim 20 Jan - 19:59

Ils me manquaient déjà fort, ce qui était plutôt étonnant, surtout pour Aaron, que je connaissais à peine. Mais je crois que je viens de me rendre compte que j’avais besoin d’eux, impérativement. C’est maintenant que j’étais tout seul face à la tâche immense qui m’était demandée que je me rendais compte de l’importance de l’aide des autres. Sans eux, ce n’est pas que j’étais rien, mais je devenais bien plus faible, bien plus vulnérable, bien moins audacieux. Il n’y avait plus qu’une tête pour réfléchir- ce qui au fil des jours devenait de plus en plus difficile- deux bras pour agir, deux jambes pour courir. Et plus personne pour me motiver. Mais ça, c’était secondaire, je n’en avais pas besoin.
C’était peut-être mon côté allemand qui ressortait, je ne sais pas, toujours est-il que je m’exécutais, je ne me plaignais pas trop, j’avançais. Bref, je ne perdais pas de temps, pour avoir le maximum de zones libres pour dormir. Ainsi, pendant la journée, il fallait résoudre les diverses énigmes pour atteindre un point précis sur l’île afin de récolter le suivant.
J’avais déjà du résoudre une énigme hier, qui m’avait amené à l’endroit plus communément appelé par cet étrange nom : Gnap Geodha Blatha Begg. C’était un petit roché escarpé que j’avais déjà eu un mal fou à atteindre à la nage, avant que je ne me rende compte qu’il fallait grimper au-dessus, ce qui était franchement difficile avec des mains glissantes et peu d’énergie dans les bras. Finalement, après quelques éraflures aux bras et aux jambes, je me hissai sur une surface à peu près plate, avant de m’endormir comme une masse.


2ème semaine, 2ème jour


Je me réveillai en sursaut. Par quoi ? Je ne sais pas vraiment, en fait. Peut-être les oiseaux, je ne sais pas trop. Toujours est-il que je m’activai vite sur ma petite plateforme : un indice devait se trouver quelque part par ici. J’observai attentivement les alentour. Rien, nada, nichts. Que faire alors ? Je continuais attentivement à regarder les moindres recoins.
J’allais baisser les bras et me lamenter sur mon sort – en me disant que l’indice avait du s’envoler ou quelque chose dans le genre- lorsque mon regard se posa sur de drôles de traces dans la pierre. Je jetai un coup d’œil, je n’avais rien à perdre de toute façon. Il semblait s’agir de dessins. Je ne reconnaissais pas tout, mais il semblait y avoir des oiseaux d’un côté et des oiseaux barrés d’une croix de l’autre côté. Du côté des oiseaux, il y avait un soleil. Entre les deux côtés, il y avait un trait. Et en dessous quelque chose qui ressemblait à un serpent. Je crois que je venais de trouver l’indice du jour.
Mais qu’est ce que cela pouvait donc signifier ? Quelque chose qui pouvait relier deux points, et qui pouvait laisser passer des choses en dessous… Un pont ? Bon, partons sur la piste du pont alors… Mais… Il n’y en avait pas, dans mes souvenirs, sur l’île. En tout cas, cela pouvait vouloir dire que je devrais à nouveau me rendre sur un petit îlot, à moins qu’il ne s’agisse de cette grande île que l’on peut voir à l’horizon. Je cherchai quelque chose d’autre à analyser sur le dessin.
Le soleil. Il ne semblait pas encore fort levé, ni sur le dessin, ni en vrai d’ailleurs. Cela pouvait vouloir dire que je devais me rendre à l’est maintenant ; tant qu’il en était encore temps. Temps pour quoi ? Je ne sais pas vraiment, mais j’avais un pressentiment qu’il fallait faire vite.

Je fis un beau plongeon dans l’eau, avant de battre vigoureusement des mains dans l’eau glacé, ce afin de rejoindre le plus rapidement possible la berge en face et ne pas mourir de froid. À l’est, à l’est, toujours à l’est. Rien d’autre. Et si je me trompais de voie ? C’était fort possible- ça l’est toujours avec les énigmes- mais celle-là semblait à peu près tenir la route. Et c’était bien la seule, d’ailleurs.
Je longeai donc la côte est, repérée grâce au soleil. À cause du terrain particulièrement accidenté, la progression était particulièrement lente, et les oiseaux semblaient m’en vouloir désespérément pour quelque chose : il ne se passait pas une seule minute sans un coup de bec quelque part sur mon petit corps (grand pour mon âge) déjà bien mutilé.

Le soleil s’était déjà bien levé à présent. Il devait être midi. Même si le soleil tapait, il faisait froid. D’ailleurs, le brouillard se mit à se lever. Moi qui voulais être rapidement arrivé, tant que le soleil était à l’est, c’était bien loupé. Je m’assis quelques minutes par terre, parce que mon ventre criait famine et que mes muscles étaient vides de toute énergie. Mais je n’avais pas de quoi manger. Il n’y avait pas de végétaux sur cette satanée île, et les seuls êtres vivants étaient ces oiseaux… Et nous bien sûr. Mais je n’avais pas le temps de commencer à cuisiner ça. Il allait falloir continuer sans nourriture. En plus, j’étais bientôt au bout.

Je jetai un coup d’œil vague dans mes alentours : personne, l’entraîneur avait programmé cette semaine avec une telle précision que l’on ne se croisait jamais. Cela relevait du génie ! J’étais assez impressionné personnellement.


Quelque chose clochait pourtant. Je ne savais dire quoi. Quelque chose dans le paysage. Mais quoi ? C’était tellement frustrant que je jetai une grosse pierre dans l’eau, en face de moi, m’épuisant ainsi un peu plus inutilement encore. Sauf que celle-ci ne coula pas et resta en surface, comme si elle flottait, comme si cet imbécile de Jésus lui avait proféré des pouvoirs.
Intrigué, je m’approchai tout doucement de l’eau verte qui ne laissait rien transparaître. Je repris la pierre. Elle tenait sur quelque chose. L’eau semblait peu profonde ici. Je posai un pied devant l’autre, tout doucement, pour voir jusqu’où ce petit brise-lame un peu submergé allait, jusqu’à ce que je me retrouve devant une paroi.

Je venais de trouver mon pont. D’ailleurs, je venais de comprendre ce qui clochait : il n’y avait aucun oiseau sur cet îlot. Comme l’indiquait le dessin. Il y avait un escalier creusé avec le temps qui menait jusqu’en haut. Au moins, je n’aurais pas d’oiseaux pour me déranger durant la nuit, mais rien non plus pour manger. Tant pis, j’allais essayer d’attraper un oiseau de l’autre côté tant qu’il en était encore temps, ou bien un poisson.

J’avais atteint ma destination…


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